R-E-F

Résidence écriture Finistère

((( protocole Noter la date, l’heure et le lieu. Où suis-je ? description via les cinq sens (toucher, vue lumière couleur, sensation de chaud de froid, ouïe…) description de l’environnement (présence d’autres gens…..) Où étais-je il y a dix minutes ? Où serai-je dix minutes après la fin de l’écriture ? Fermer les yeux deux minutes pour ressentir l’intérieur de soi. Comment c’est ? l’esprit est calme ? chargé ? des noeuds dans le corps ? de la fluidité ? décrire son énergie à travers des couleurs, des paysages, des ambiances. Quel est l’intention d’être dans cet espace ? pourquoi je suis là, quel implication, à quoi ça renvoie ? il peut n’y avoir rien du tout, mais juste être là c’est un projet. pourquoi j’ai choisi d’écrire à cet endroit ? qu’est-ce qu’il dit ? toute réponse est bonne. A quoi je rêve )))


28 novembre 2025 12h59, dans le train vers Quimper

Ca y est c’est le départ pour le weekend chez mamie dans le Finistère. Je suis montée dans le train après l’avoir attendu un peu quand même. Je pensais y être tôt mais la plupart des gens avait pris les sièges duos libres. Je me suis installée à un club de quatre : pas de tablette ici, mais au moins une prise électrique pour brancher mon ordinateur. Les assises sont toujours peu confortables et pas très adaptés à mon grand corps ; au moins je peux étendre mes jambes et je suis à côté de la grande fenêtre. Qu’ils sont laids les sièges rose fuchsia et violets. Ils ont l’air un peu vieilli. Sûrement beaucoup de gens se sont installés ici comme moi et partaient vers des aventures : j’aurais aimé savoir lesquelles. 

Le roulis du train m’apaise déjà, les gens déjeunent un peu. Je les entends froisser des papiers de sandwichs. Il fait bon et j’ai déjà manger ma galette. Je regrette un peu que ça soit si cher d’ailleurs parce que j’ai encore faim… J’ai quand même des gâteaux princes pour survivre cet aprem. De toute manière, l’heure et demi d’attente à Quimper me permettra un café quelque part. 

Ici les gens sont discrets. En diagonale de moi, il y a une jeune femme super stylée avec toutes ses grosses bagues son gros collier, sa coupe mulet, ses percings au visage. Elle a l’air sympa, je lui ai prêté mon chargeur. Elle se maquille. Du noir et du blanc autour des yeux c’est vraiment très beau. Le train remue un peu, je ne sais pas comment elle fait pour que ça soit aussi précis.  Un look grunge apprété.  

Il y a des anglais je crois, je les entends se dire des choses mais c’est lointain. Un couple qui ne rigole pas. Je ne sais pas trop si ça me donne envie. Ah l’amour. Je suis bien loin de ça à présent. 

Dehors le temps est gris. Ca se voit que c’est le retour de l’hiver, les arbres se dégarnissent, le crachin humide revient, la lumière est basse. 

Avant de m’installer ici, j’étais partie récupérer une galette. Jambon emmental, j’ai pas fait compliqué. Après, dans dix minutes, je présume que je serais toujours à la même place. Peut-être même que je me serais endormie. Nous traverserons Redon, je pense bien sûr à mon ami Germain qui nous a quitté il y a un an (ses obsèques étaient là-bas). Sa sœur nous a transmis une photo de mes 25 ans qu’il avait prise. Elle a retrouvé une pellicule dans sa chambre et l’a faite développer. Je ne me souvenais pas de ce moment. 

Je suis heureuse de partir retrouver un endroit que j’aime, je suis heureuse de pouvoir y passer quelques jours et d’aller voir la mer. Je pars retrouver mamie, l’esprit assez calme. Un petit volcan d’envie se ressent dans mon plexus. J’ai envie de mille choses. C’est orange.

Je rêve quand même d’un lit où faire une sieste de peut-être trois heures.


16h, dans un café à Quimper

Je viens d’arrriver dans un café assez pop à Quimper. A l’étage j’ai vu sur les halles. La ville est belle, le granit et les pavés m’ont manqué. Ici on sent tout de suite l’air marin. 

Il fait beau et doux, j’ai aimé déambuler dans la vie à la recherche de surprises. Une carte à colorier a attiré mon attention, je vais l’offrir à mamie. Je ne sais pas ce qu’elle en fera, j’aime l’idée que toutes les personnes qui passeront chez elle y laisseront un peu de couleur. 

Au café nommé CAFE, il y a du bruit de vaisselles, deux copines qui se retrouvent et papotent de rien. A travers la grande baie vitrée je vois les gens qui se promènent aussi et qui profitent du beau temps. Bonheur. 

La musique est douce, j’ai retrouvé un bleu ciel intérieur. Un peu de la même couleur que cette table haute en plastique et ce tabouret transparent sur lequel je suis assise. En plus ma tasse est bleue. Quelle satisfaction. 

Il y a à peine une demi-heure j’étais dans cette petit boutique aux surprises par mille. Des trucs qui brillent, des vieux trucs, des trucs utiles et des trèfles à quatre feuilles à faire pousser. Le monsieur a accepté que je dépose mon sac à dos énorme dans l’entrée car j’avais peur de tout bousculer avec la délicatesse d’un éléphant dans une boutique de porcelaine. 

Dans ma tête je me sens toujours un peu secouée. Je me sens ouverte à ce qui m’entoure, je souris aux gens. J’aime autant découvrir de nouveaux endroits que retourner vers ceux que je connais

Ici je suis là pour passer un peu le temps, cette correspondance de train qui est un peu trop grande alors que je suis si proche de chez mamie. J’ai bu un chocolat, et je repars bientôt pour la gare. 

Je crois que j’aimerais partager ces espaces et ces lieux, la Bretagne que je chérie. Je rêve d’une balade main dans la main avec quelqu’un dans un hiver doux et dans une vieille ville.


21h04, chez mamie à Châteaulin

Au chaud dans un lit, il est tôt pour dormir mais Mamie fatigue et je suis d’accord avec elle. On sait se dire bonne nuit, ça ne veut pas dire qu’on ne souhaite pas partager la soirée ensemble. Juste qu’on a envie de récupérer l’énergie pour demain et mieux se voir et échanger. Au lit donc, dans des draps qui obligent à faire un lit au carré, c’est une technique pour bien être serré. J’ai deux couvertures et une couette. Ça devrait aller. Il ne fait même pas trop froid, on a mis le chauffage. J’ai pris une douche aussi, peut-être un peu longue, surtout très chaude pour me sentir bien jusqu’aux os. Je connais cette chambre par cœur ; son odeur, le toucher du sol, la texture du papier peint, l’armoire avec quelques affaires de mon tonton, trois bibliothèques remplies de livres pour enfants et de séries de bandes dessinées. On pourrait faire une bibliothèque de tous les livres d’ici. Ils sont quand même un peu vieillissants, ils ont une odeur.

Je n’entends pas encore Mamie ronfler. Elle est à deux chambres, mais souvent ça arrive que ça traverse les murs. Ça me rassure de savoir qu’elle dort. Elle a un cerveau qui carbure et qui est difficile à apaiser. Je ne sais pas si elle fait des cauchemars, je ne sais pas ce dont elle rêve

Du coin de l’œil, je vois les vieilles poupées à qui j’ai dû couper les cheveux. Bien évidemment, ils n’ont jamais repoussé. Elles ont des pulls en laine fait maison. La classe. Leurs yeux regardent un peu de travers et sont presque mi-clos. Elles doivent bien avoir trente ans elles aussi.

Dans la salle de bain à me brosser les dents. J’ai toujours un set de serviette quand je viens ici. Il est souvent rose, ça doit être parce que je suis une fille. J’ai utilisé le savon de mamie, il sent bon, elle sent ça. Mais j’ai pris mon dentifrice. 

La nuit lancée, je reste un peu sur mon ordinateur pour avancer dans mes projets. je suis du côté du gauche du lit. Tout le temps, depuis très longtemps c’est mon côté préféré. C’est souvent le côté de ma table de chevet, de la lumière. 

Je vais devoir me relever pour prendre mon livre d’écriture. J’écris le matin et le soir quelques lignes, pour faire l’état ou juste par habitude

Mon coeur est vert d’eau, bleu de la mer. La Bretagne me remplit toujours de cette impression. Dans mon esprit c’est un peu ralenti, comme les collines au loin qui ne bougent pas, celles où j’aperçois les éoliennes, qui elles bougent mais lentement. Fixe, mouvant, en production d’énergie, fluides.J’ai l’impression d’être là depuis plusieurs jours déjà. Je me sens loin de chez moi, mais bien. 

Prendre le temps d’écrire dans un lit, c’est pas mal, je n’avais pas envie d’être dans le salon seule. Pourtant je suis persuadée que ça pourrait être un bon endroit pour rédiger ces lignes aussi. 

Je pense à ma journée de demain, à ma balade au bord de la mer, à ce que j’ai envie de filmer, de voir, d’observer ; où m’arrêter quoi regarder. Je rêve de cette petite maison Tal Ar Grip, mon endroit préféré. Les sensations de complétude quand je suis là-bas. Quel bonheur de pouvoir se sentir chez soi ailleurs et dehors.